{"id":929,"date":"2020-02-11T15:20:21","date_gmt":"2020-02-11T14:20:21","guid":{"rendered":"https:\/\/sosforetfrance.org\/?page_id=929"},"modified":"2020-02-11T15:20:22","modified_gmt":"2020-02-11T14:20:22","slug":"climat-laisser-vieillir-les-forets","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/sosforetfrance.org\/index.php\/climat-laisser-vieillir-les-forets\/","title":{"rendered":"Climat : laisser vieillir les for\u00eats"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Laisser vieillir les for\u00eats, notre meilleure option pour stabiliser le climat\u2009?<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Pr\u00e9sentation d\u2019un nouveau rapport sur la for\u00eat fran\u00e7aise et le climat<\/strong><br><em>Ga\u00ebtan du Bus, ing\u00e9nieur forestier ind\u00e9pendant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je suis gestionnaire de for\u00eats depuis 25 ans et suis aussi chercheur et formateur. Je suis l\u2019auteur d\u2019un rapport sur les for\u00eats qui se concentre sur le cas fran\u00e7ais pour \u00e9valuer l\u2019\u00e9volution possible des stocks et des flux dans la p\u00e9riode \u00e0 venir compte tenu du changement climatique, ce qui permet de construire des sc\u00e9narios de pr\u00e9l\u00e8vement de biomasse foresti\u00e8re mais aussi de bois d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les forestiers constatent les cons\u00e9quences du changement climatique depuis longtemps et l\u2019exploitation intensive n\u2019est pas r\u00e9cente, mais ce qui est nouveau est la place que prend la biomasse dans les sc\u00e9narios de transition \u00e9nerg\u00e9tique, tout comme la notion et les pratiques de compensation carbone de la part d\u2019entreprises qui veulent masquer des actions n\u00e9gatives du point de vue climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce contexte a donn\u00e9 lieu \u00e0 un certain nombre d\u2019\u00e9tudes sur la comptabilit\u00e9 carbone en lien avec la gestion foresti\u00e8re. Le plan \u00c9nergie-Climat et la Strat\u00e9gie bas carbone nationaux se d\u00e9clinent en plans r\u00e9gionaux et locaux et s\u2019imposent aux acteurs forestiers de terrain. Face \u00e0 cette \u00e9volution se d\u00e9veloppe un mouvement citoyen croissant qui d\u00e9fend des revendications foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sc\u00e9narios projectifs du GIEC (Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat) varient selon les hypoth\u00e8ses d\u2019\u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, et pr\u00e9voient une hausse de la temp\u00e9rature mondiale moyenne de 1,5\u202f\u00b0C \u00e0 5\u202f\u00b0C en 2100 par rapport \u00e0 l\u2019\u00e8re pr\u00e9industrielle, ce dernier sc\u00e9nario \u00e9tant tout \u00e0 fait plausible. Au niveau fran\u00e7ais, les effets sur la for\u00eat seraient tr\u00e8s faibles en cas de r\u00e9duction massive des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. Dans le cadre des pires sc\u00e9narios, au contraire, le pays deviendrait en partie d\u00e9sertique. Concr\u00e8tement, les \u00e9pisodes de s\u00e9cheresse et de canicule seront d\u2019autant plus nombreux et graves que la tendance moyenne sera \u00e0 la hausse de la temp\u00e9rature. En cas de hausse importante, les zones c\u00f4ti\u00e8res et les coraux seraient les premiers touch\u00e9s, tout comme les r\u00e9gions arctiques. Si rien n\u2019est fait, des impacts marquants sur les for\u00eats d\u00e9buteront vers 2050.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9cheresse peut \u00eatre compens\u00e9e par la r\u00e9serve utile maximale des sols en eau, mais cette capacit\u00e9 est faible dans une grosse moiti\u00e9 de la France. Des mod\u00e8les auto\u00e9cologiques permettent de simuler la distribution des esp\u00e8ces en France. Le h\u00eatre conna\u00eetrait une forte r\u00e9duction et se r\u00e9fugierait principalement en altitude en 2100. \u00c0 l\u2019inverse, le ch\u00eane vert conna\u00eetrait une forte expansion et serait pr\u00e9sent en \u00cele-de-France, alors qu\u2019il ne pourrait plus survivre dans les zones m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2008, des \u00e9tudes et des rapports sont publi\u00e9s de plus en plus fr\u00e9quemment sur les for\u00eats et le changement climatique. Le rapport Dh\u00f4te de l\u2019INRA (Institut national de la recherche agronomique) fait notamment r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re et m\u2019a personnellement r\u00e9volt\u00e9, comme d\u2019autres forestiers. En effet, si sa m\u00e9thodologie est s\u00e9rieuse, il compare des sc\u00e9narios arbitraires et affirme en particulier que \u00ab\u202fles gestionnaires forestiers intensifs (for\u00eats de plantation en cycles courts) sont actifs et \u00e9clair\u00e9s (\u2026) face \u00e0 des gestionnaires extensifs (type Pro Silva) passifs et n\u2019anticipant pas les risques \u00e9conomiques et climatiques\u202f\u00bb, accus\u00e9s en somme de laisser mourir leurs for\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce rapport insiste sur les avantages du sc\u00e9nario intensif et cette pens\u00e9e se diffuse fortement dans le monde forestier. Une publication foresti\u00e8re du Languedoc-Roussillon affirme ainsi que \u00ab\u202fdans le cadre de la COP21, nous sommes sensibilis\u00e9s \u00e0 cette notion du Vivant dont la for\u00eat est un acteur \u00e9vident. Or le Vivant sans soin, la for\u00eat sans exploitation finit par mourir.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il est capital de r\u00e9agir \u00e0 cette pollution de l\u2019imaginaire en gardant \u00e0 l\u2019esprit la maxime de la gestion foresti\u00e8re pendant des si\u00e8cles\u2009: \u00ab\u202fimiter la nature et h\u00e2ter son \u0153uvre\u202f\u00bb. Certains pensent qu\u2019avec le changement climatique, cette maxime est caduque et que l\u2019heure est aux vari\u00e9t\u00e9s am\u00e9lior\u00e9es (bient\u00f4t les OGM\u2009?), \u00e0 la transformation de nos for\u00eats. Durant les ann\u00e9es \u00e0 venir, il faudra donc faire un choix fondamental entre une sylviculture dialoguant avec la nature, et une sylviculture d\u2019artificialisation croissante de la for\u00eat donnant la place \u00e0 des gestionnaires de stocks et d\u2019actifs financiers, et \u00e0 un principe de massification industrielle d\u00e9truisant progressivement la subtilit\u00e9 du m\u00e9tier de sylviculteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette situation, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 par les ONG Fern et Canop\u00e9e pour produire un rapport intitul\u00e9 \u00ab\u202fGestion foresti\u00e8re et changement climatique\u202f\u00bb. Il d\u00e9bute par une revue de litt\u00e9rature sur la sylviculture et l\u2019att\u00e9nuation du changement climatique, qui se traduit en quatre \u00ab\u202fS\u202f\u00bb\u2009: s\u00e9questration, stockage dans les \u00e9cosyst\u00e8mes et dans les produits issus de la for\u00eat, substitution \u00e9nerg\u00e9tique et substitution-mat\u00e9riaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue du cycle du carbone, le stock terrestre est principalement dans les v\u00e9g\u00e9taux, dans les produits en bois et dans les sols. Pour le moment, la for\u00eat fran\u00e7aise est un puits de carbone stockant chaque ann\u00e9e entre 65 et 87\u202fmillions de tonnes d\u2019\u00e9quivalent-CO2, soit 20\u202f% des \u00e9missions du pays. En cas de perturbation forte, les \u00e9cosyst\u00e8mes terrestres pourraient devenir une source d\u2019\u00e9mission de carbone.<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue \u00e9cologique, l\u2019installation de la v\u00e9g\u00e9tation a lieu au d\u00e9part sans contrainte, avant que la comp\u00e9tition pour les ressources ne limite l\u2019accroissement de la biomasse\u2009: l\u2019accroissement du stock de carbone r\u00e9sulte alors de la diff\u00e9rence entre la croissance de la biomasse et la mortalit\u00e9. La question fondamentale consiste \u00e0 savoir si ce stock est plafonn\u00e9. En pratique, la tendance de ce stock est \u00e0 la croissance asymptotique. La m\u00eame tendance s\u2019observe pour le sol. En cas de pr\u00e9l\u00e8vement de bois, le produit sera br\u00fbl\u00e9 ou utilis\u00e9 plus durablement. Chaque produit fabriqu\u00e9 annuellement est marqu\u00e9 par une fin de vie plus ou moins rapide, et la tendance de ce stock \u201cbois\u201d est \u00e9galement asymptotique, vers un niveau z\u00e9ro \u00e0 une date tr\u00e8s lointaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Des coefficients de substitution peuvent \u00eatre calcul\u00e9s pour comparer le recours au bois par rapport \u00e0 d\u2019autres mati\u00e8res ou \u00e9nergies. Compte tenu des \u00e9tapes multiples de transformation, ces coefficients sont tr\u00e8s instables. Or la plupart des sc\u00e9narios consid\u00e8rent que \u00ab\u202fles b\u00e9n\u00e9fices li\u00e9s \u00e0 la substitution sont beaucoup plus s\u00fbrs et stables que les b\u00e9n\u00e9fices li\u00e9s au stockage du carbone dans les produits et dans les \u00e9cosyst\u00e8mes.\u202f\u00bb Ce point de vue est tr\u00e8s contestable puisque la substitution est relative et que le stockage se r\u00e9duit de fa\u00e7on asymptotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre rapport estime au contraire que la substitution \u00e9nerg\u00e9tique du bois poss\u00e8de un b\u00e9n\u00e9fice nul ou tr\u00e8s faible, et peut m\u00eame engendrer une dette carbone du fait du d\u00e9calage entre la combustion du bois et son remplacement par la croissance des nouveaux arbres. Il faut aussi tenir compte du fait que le bois n\u2019est pas un combustible tr\u00e8s efficace compar\u00e9 au gaz, par exemple. Cela signifie qu\u2019il faut comparer l\u2019utilisation du bois-\u00e9nergie aux autres sources \u00e9nerg\u00e9tiques compte tenu de son rendement \u00e9nerg\u00e9tique et de sa fili\u00e8re de production.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en ressort que la notion de neutralit\u00e9 carbone de la fili\u00e8re bois n\u2019a aucun sens, que les \u00e9missions de la fili\u00e8re bois doivent \u00eatre comptabilis\u00e9es aussi clairement que les efforts de capture du CO2, et que le coefficient de substitution du bois par rapport au solaire, par exemple, est n\u00e9gatif. Il faut donc donner la priorit\u00e9 aux \u00e9nergies non carbon\u00e9es, sachant que quand on exploite le bois pour le br\u00fbler, le temps de retour du carbone \u00e9mis d\u00e9passe 2050. D\u00e9stocker le bois pour des motifs \u00e9nerg\u00e9tiques n\u2019att\u00e9nuera donc pas le changement climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, les modes de gestion influent sur les bilans carbone en for\u00eat, qu\u2019il s\u2019agisse de r\u00e9colter ou non du bois partout, du niveau des coupes et des termes d\u2019exploitabilit\u00e9. De ce point de vue, il faut \u00eatre attentif \u00e0 d\u00e9construire la confusion entre maturit\u00e9 \u00e9conomique et maturit\u00e9 \u00e9cologique dans l\u2019esprit des forestiers, m\u00eame si les classes d\u2019arbres \u00e2g\u00e9s sont actuellement en augmentation globalement en France, avec de fortes disparit\u00e9s locales et entre for\u00eats priv\u00e9es et publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux grandes strat\u00e9gies s\u2019opposent. La strat\u00e9gie intensive consiste \u00e0 augmenter la production et les pr\u00e9l\u00e8vements en choisissant selon l\u2019INRA (Institut national de la recherche agronomique) des essences productives parfois surprenantes, car connues comme peu r\u00e9sistantes \u00e0 la s\u00e9cheresse. L\u2019autre strat\u00e9gie consiste \u00e0 s\u00e9curiser les stocks, \u00e0 favoriser la r\u00e9silience et \u00e0 ma\u00eetriser les \u00e9missions, ce qui est notre option. Entre les deux, il est possible d\u2019\u00e9viter les mortalit\u00e9s et d\u2019augmenter la dur\u00e9e de vie des produits, mais il reste \u00e0 en d\u00e9finir les modalit\u00e9s, ce qui ne fait pas consensus.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour produire des sc\u00e9narios nationaux et r\u00e9gionaux, il faut conna\u00eetre la situation de la production et des pr\u00e9l\u00e8vements dans le contexte actuel, ce qui n\u2019est pas simple. Apr\u00e8s la correction d\u2019erreurs en la mati\u00e8re, il ressort que le pr\u00e9l\u00e8vement annuel est de l\u2019ordre de 60\u202fmillions de m3 au niveau national (bois fort tige, branches et bois mort). Il faut ensuite \u00e9tablir la situation de gestion des for\u00eats\u2009: for\u00eats non exploit\u00e9es ou de fa\u00e7on tr\u00e8s \u00e9pisodique, for\u00eats inexploitables et en libre \u00e9volution, for\u00eats en impasse sanitaire, for\u00eats pouvant \u00eatre g\u00e9r\u00e9es en sylviculture continue. Il faut par la suite \u00e9valuer les facteurs estimables de fa\u00e7on chiffr\u00e9e et ceux qui resteront qualitatifs. Enfin, il faut d\u00e9cider entre une m\u00e9thode par mod\u00e8les purement statistiques ou par mod\u00e8les \u00e9cophysiologiques. Le mod\u00e8le retenu par notre \u00e9tude est statistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut aussi pouvoir \u00e9valuer l\u2019\u00e9volution des stocks dans les \u00e9cosyst\u00e8mes. Le premier point consiste \u00e0 d\u00e9terminer la surface en libre \u00e9volution. Il faut aussi pouvoir d\u00e9finir et renouveler les surfaces en impasse, question tr\u00e8s d\u00e9licate. On parle beaucoup en France de situation d\u2019impasses sylvicoles, mais il faut alors savoir si l\u2019on parle d\u2019impasse biologique, physique ou \u00e9conomique. Si on d\u00e9finit clairement les impasses sanitaires (peuplements d\u00e9p\u00e9rissants), il est alors possible d\u2019en estimer les surfaces et de proposer des r\u00e9coltes et des remplacements. Et en ce qui concerne la sylviculture continue, il faut d\u00e9terminer les volumes autour desquels la gestion va osciller et pr\u00e9voir le balivage, puisque le taillis revient \u00e0 la mode.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre \u00e9l\u00e9ment \u00e0 \u00e9valuer\u2009: le pr\u00e9l\u00e8vement et l\u2019augmentation du stock dans les produits en bois, ce qui suppose d\u2019\u00e9valuer leur dur\u00e9e de vie. Enfin, il faut estimer l\u2019influence de la substitution des produits actuels par des produits en bois et de la r\u00e9duction des \u00e9missions de la fili\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Compte tenu de tous ces param\u00e8tres, le rapport distingue trois hypoth\u00e8ses principales de gestion de la for\u00eat fran\u00e7aise\u2009: sc\u00e9nario \u00e9cosyst\u00e9mique, sc\u00e9nario 60\u202fmillions de m3 de r\u00e9colte et sc\u00e9nario 95\u202fmillions de m3 de r\u00e9colte. Le dernier correspond aux hypoth\u00e8ses les plus en vogue en ce moment et le second au maintien du rythme de pr\u00e9l\u00e8vement actuel. Le premier consiste \u00e0 maximiser les stocks de carbone, la fertilit\u00e9 et la biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois sc\u00e9narios impliquent diff\u00e9rentes hypoth\u00e8ses de pr\u00e9l\u00e8vement de bois fort tige, de branches et de mortalit\u00e9. Ils supposent de d\u00e9finir des taux de mortalit\u00e9 et donc l\u2019\u00e9volution des surfaces selon les trois diff\u00e9rentes situations de gestion. D\u00e8s lors, il en ressort des \u00e9volutions des taux de r\u00e9colte de 2020 \u00e0 2050 en pourcentage de la production nette.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats montrent qu\u2019en libre \u00e9volution, la croissance de la biomasse est continue et encore tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de son plafond, m\u00eame apr\u00e8s 2050. Ce stock plafonne rapidement dans le sc\u00e9nario de pr\u00e9l\u00e8vement maximum. En libre \u00e9volution, la capacit\u00e9 de stockage (puits) de carbone diminue progressivement sous l\u2019effet de la mortalit\u00e9, tandis que le stockage dans les produits bois augmente en cas de fort pr\u00e9l\u00e8vement, et diminue dans le bois mort. En tout \u00e9tat de cause, plus le pr\u00e9l\u00e8vement de bois augmente, plus le stock de carbone total est faible. Le sc\u00e9nario de fort pr\u00e9l\u00e8vement se traduit par une perte importante de bois morts (tout comme pour les branches), ce qui est tr\u00e8s n\u00e9gatif en termes de biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on simule l\u2019\u00e9volution au-del\u00e0 de 2050, dans le cas du sc\u00e9nario de libre \u00e9volution, la for\u00eat continue jusqu\u2019en 2200 \u00e0 \u00eatre efficace en termes de stockage de carbone. Si l\u2019on r\u00e9colte 95\u202fmillions de m3 par an par contre, le pr\u00e9l\u00e8vement d\u00e9passe la production biologique nette, ce qui entra\u00eene une chute du volume sur pied et de la biomasse et une inversion du puits de carbone \u00e0 partir de 2100\u202f: la gestion foresti\u00e8re devient alors \u00e9mettrice de carbone.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude montre donc que la for\u00eat laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame restera un puits de carbone efficace, contrairement \u00e0 la vision pr\u00e9dominant actuellement au sein des autorit\u00e9s foresti\u00e8res. Et en tout \u00e9tat de cause, il existe des limites physiques, fonci\u00e8res et humaines \u00e0 la mobilisation du bois. Par ailleurs, il n\u2019est pas possible de tracer des pr\u00e9visions sans pr\u00e9ciser les itin\u00e9raires sylvicoles \u00e9tudi\u00e9s, en particulier le mode de d\u00e9cision de coupe. La plupart des sc\u00e9narios actuels supposent que l\u2019on exploite une parcelle lorsque les arbres sont jug\u00e9s \u201cmurs\u201d. Raisonner au niveau de l\u2019arbre et non de la parcelle modifie totalement la r\u00e9flexion. Pour sc\u00e9nariser, il faut aussi d\u00e9finir les taux de pr\u00e9l\u00e8vement de branches et de bois mort, ce qui n\u2019est pas toujours le cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, pour atteindre une r\u00e9colte donn\u00e9e, il faudra choisir entre le volume extrait et la fertilit\u00e9, qui d\u00e9pend essentiellement du volume de branches laiss\u00e9 sur place, mais aussi la biodiversit\u00e9, qui d\u00e9pend du volume de bois mort laiss\u00e9 sur place. Plus le volume extrait est \u00e9lev\u00e9, et plus le conflit est fort entre ambiance foresti\u00e8re, fertilit\u00e9 et biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenir le pr\u00e9l\u00e8vement \u00e0 60\u202fmillions de m3 par an semble \u00eatre un bon compromis, mais pour ne pas r\u00e9duire la fertilit\u00e9 des sols et la biodiversit\u00e9, il faudra mieux r\u00e9partir les pr\u00e9l\u00e8vements dans l\u2019espace et dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but. Elle est perfectible et n\u2019apporte pas toutes les r\u00e9ponses aux questions qui se posent, mais permet d\u2019\u00e9tudier d\u2019autres hypoth\u00e8ses chiffr\u00e9es que celles qui ont cours jusqu\u2019ici. En perspective, il est possible de la transformer pour que chaque collectif local effectue ses simulations et qu\u2019elles soient regroup\u00e9es ensuite au niveau national. Cela permettrait de mettre en place un dialogue entre une vision descendante et une vision ascendante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laisser vieillir les for\u00eats, notre meilleure option pour stabiliser le climat\u2009? 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