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Retour du Larzac

Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes cinq mille au pays du roquefort ! Et même plus : les bénévoles (merci !) qui comptaient toute la journée ont totalisé plus de 7500 personnes aux Résistantes, les rencontres des luttes locales qui se tenaient du 3 au 6 août au Larzac. SOS Forêt France y était bien sûr représentée.

Ni le vent, ni la pluie n’ont empêché les milliers de représentants de luttes locales de converger vers le plateau de la Courtevoirade. À n’en pas douter, l’approche de l’audience au Conseil d’État sur le décret de dissolution des Soulèvements de la Terre a motivé celles et ceux qui hésitaient encore. Les barnums et les chapiteaux des 175 temps de formations, ateliers, conférences, tables rondes et spectacles, installés sur les terres prêtées par des paysan·nes de la Société Civile des Terres du Larzac, étaient archi-combles.

Outre toutes les luttes où elle est concernée (projets routiers, par exemple), la forêt y était spécifiquement présente à travers quatre temps : une assemblée sur “l’agrivoltaïsme et l’artificialisation des terres agricoles, naturelles et forestières”, un atelier “Construire des contre-projets face à nos adversaires”, la projection-débat du film Forêt en Résistance, en présence du réalisateur Louis Bidou et de Michel, d’Abrakadabois, et l’Assemblée pour des forêts vivantes, qui a réunit plus de deux cents représentants de luttes locales de défense de la forêt.

Cette assemblée a permis de dresser un état des lieux des combats que doivent mener des collectifs partout en France, y compris dans les territoires ultramarins, pour protéger la forêt face à des destructions motivées quelquefois par l’ignorance, le plus souvent par un appât du gain immédiat aiguisé par les très nombreuses aides publiques et dissimulé sous une épaisse couche de peinture verte fournie par les lobbies de l’industrie forestière : remplacer une forêt par une centrale de production d’énergie ? raser une forêt diversifiée pour y installer une monoculture de résineux ? destiner des arbres centenaires au broyage pour faire des pellets ? Tout cela serait écologique !

Face aux machines surdimensionnées qui débarquent un matin sans que les riverains ne soient prévenus, les collectifs qui se forment spontanément sont souvent démunis. C’est la vocation de SOS Forêt de mutualiser les moyens de lutte, d’orienter dans le maquis (touffu, celui-là) de la législation forestière, de convaincre les législateurs de la nécessité urgente de faire de la gestion douce, à couvert continu, donc sans coupes rases et sans monocultures, notre modèle collectif de foresterie, de faire résonner l’écho des actions locales au plan national, de transmettre l’expérience de celles et ceux qui ont su empêcher un désastre, d’aider à la construction d’outils pour se réapproprier le bien commun qu’est la forêt, comme les groupements forestiers citoyens qui naissent un peu partout ou, le fonds de dotation Forêts en Vie, nouvellement créé à l’initiative du Réseau pour les alternatives forestières (RAF).

Ainsi, les Creusois, qui à Tarnac ont sauvé une parcelle de feuillus promise à l’enrésinement, les Morvandiaux ou les Pyrénéens qui ont empêché l’installation de mégascieries, les opposants de Gardanne (Bouches-du-Rhône) qui sont en bonne voie pour faire annuler la conversion d’une centrale à charbon en incinérateur de forêts, les zadistes de Notre-Dame-des-Landes qui ont fondé, sur les lieux d’un inutile aéroport renvoyé aux oubliettes, une coopérative respectueuse de l’écosystème forestier (dont ils font partie)…

Ces victoires peuvent être définitives, ou temporaires, mais un jour de plus avec une forêt toujours debout est toujours une victoire. La participation de SOS Forêt aux Résistantes a aidé à rompre l’isolement de collectifs nouveaux. Le stand tenu avec Adret Morvan a permis aussi d’approfondir l’examen de certains dossiers et de répondre à toutes celles et ceux qui, alarmés par le dépérissement et la destruction de forêts, mais éloignés de ce milieu, cherchent à comprendre les mécanismes qui conduisent à des politiques publiques mortifères ou, tout simplement, souhaitent apprendre sur les forêts.

Toutes et tous ont en tout cas manifesté leur solidarité avec les Soulèvements de la terre, dont beaucoup des collectifs de SOS Forêt font partie et dont l’un des porte-paroles, par un hasard de bon augure s’appelle… Benoît Feuillu.