La forêt et le changement climatique

coupe rase de forêt de feuillus avec fond de prés vert
Coupe rase

Comment l’État arrive à aggraver le changement climatique avec la politique forestière !

Plusieurs de nos institutions para étatiques produisent des études parfois très compliquées sur le carbone capté par les différentes essences, résineux, feuillus, forêts mélangées, forêts jeunes, forêts anciennes. Parfois, elles intègrent l’impact de l’usage du bois (une charpente stockera plus longtemps le carbone du bois que de la pâte à papier…) mais très peu d’entre elles s’intéressent au carbone du sol ! Pourtant un sol forestier de forêt ancienne et mélangée (essences et âge) stocke plus de carbone dans le sol que dans l’arbre ! Pire, quasiment aucune de ces études n’intègre l’impact de la sylviculture sur le carbone. Pourtant celle-ci est essentielle.

En effet, la plantation industrielle se solde immanquablement par une récolte du bois par coupe rase (la totalité de la forêt est coupée). Cette technique déstocke massivement le carbone du sol par augmentation des échanges gazeux et destruction des agrégats structurant le sol : jusqu’à 20% du carbone total stocké dans l’écosystème est ainsi libéré sous forme de dioxyde de carbone.De lourds engins parcourent l’ensemble de la surface pour couper, débarder (sortir le bois de la parcelle), constituer les andains de rémanents (assemblage des résidus de branches en ligne visant à libérer l’espace et permettre de nouvelles plantations, parfois en labourant le sol) et ceci par tous temps pour assumer les traites de remboursement du matériel de plus en plus sophistiqué et onéreux. Le processus est comparable à la conversion d’une prairie permanente en culture de céréale. De plus ce genre d’exploitation provoque la compaction du sol et donc sa mort biologique sur toute la surface exploitée, ainsi qu’une perte de fertilité par érosion et lessivage des particules d’argile.

chemin après une coupe rase
Petit chemin dans une forêt de feuillus après la coupe rase…

A l’opposé, d’autres types de sylviculture à couvert permanent (sans coupe rase) permettent de laisser se poursuivre le stockage du carbone dans le sol. L’incidence de ce facteur est très rarement évoquée alors qu’elle est primordiale, mais elle ne sert pas l’intérêt de la filière ni les plans du gouvernement.

Pour le carbone de l’arbre, c’est d’abord son usage qui devrait être privilégié. Or, les gros arbres – en plus de leur richesse irremplaçable en termes de biodiversité – permettent de nombreux usages et d’abord la construction qui permet de stocker le carbone de l’arbre sur une durée importante. Plusieurs études convergentes montrent globalement un stockage du carbone plus important dans les forêts anciennes que dans les jeunes. La récolte d’arbres de plus en plus jeunes favorisée par les mesures gouvernementales au service de l’industrie est donc totalement contre productive face à l’urgence du défi climatique.

En savoir plus

Séquestration du carbone et âge des forêts

A. Intervention de Pierre Athanaze aux assises de la forêt (2016)
Vice-Président de l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) Forêts Sauvages et Président de l’ONG Nature Re-wilding France

Pierre ATHANAZE estime que les décideurs n’ont pas intégré les données scientifiques les plus récentes. En effet, on considérait encore dans les années 1990 que les flux de dioxyde de carbone dans une forêt naturelle s’équilibraient, entre absorption par photosynthèse et émission par respiration. Toutefois, une étude internationale parue dans la revue « Nature » en 2008[1] a démontré que la plupart des forêts anciennes les moins perturbées par l’homme continuent à absorber plus de carbone atmosphérique qu’elles n’en rejettent. Cette étude démontre également que la déforestation mais aussi le remplacement de telles forêts par des boisements de production – paradoxalement qualifiés de puits de carbone – libère dans l’atmosphère un stock de carbone énorme stocké au fil des siècles. Le stock de carbone séquestré dans les sols en particulier est souvent négligé, alors qu’il augmente considérablement avec la maturité des forêts. Les arbres eux-mêmes ont un rythme d’absorption de dioxyde de carbone qui augmente avec leur âge. L’ensemble de ces données scientifiques contredit l’affirmation qu’une forêt jeune est plus efficace sur ce point, affirmation colportée au départ par les industries de la biomasse mais hélas de plus en plus reprise parmi les décideurs et même les forestiers de métier.

Une autre publication scientifique parue dans la revue « Science »
en 2007[2] va plus loin, en démontrant que la préservation et la restauration de forêts présentent un meilleur bilan carbone que la substitution d’énergies fossiles par des biocarburants pour une même surface de terres utilisées. Pierre ATHANAZE en conclut que promouvoir des forêts en libre évolution ou les plus équilibrées possibles constituent les deux pistes principales à explorer dans l’objectif de séquestration durable du carbone en excès dans l’atmosphère.

[1] – « Old-growth forests as global carbon sinks », Sebastiaan Luyssaert, E. -Detlef Schulze, Annett Börner, Alexander Knohl, Dominik Hessenmöller, Beverly E. Law, Philippe Ciais et John Grace, Nature vol. 455, 11/09/2008.

[2] – « Carbon Mitigation by Biofuels or by Saving and Restoring Forests? » Renton Righelato* and Dominick V. Spracklen, Science vol. 317, 17/08/2007.

B. SOS Forêt France, Snupfen-Solidaires : Forêt, climat, bois énergie en Europe – Trois approches scientifiques et techniques récentes – Morceaux choisis – Octobre 2017

C. http://agri71.fr/articles/10-08-2017/9095/Mode-d-exploitation-habituel-de-la-foret-les-coups-a-blanc-sont-de-plus-en-plus-deconseillees/

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